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JOYEUX ANNIVERSAIRE ?

Gérard raconte ...
Voilà un peu plus de 4 ans, (le 25 mai 2005), j'attaquais un peu trop vite la montée qui va de St Jean Pied de Port à Roncevaux...En comptant quelques détours, environ 800km s'étalaient devant moi. Rien de bien exceptionnel en soi, comparé par exemple aux 2300 kilomètres de Gilbert
(voir dans cette page l'article intitulé " LE SPLEEN DU RETOUR "). Cette aventure était préparée de si longue date, qu'il eut été dommage de ne pas passer de l'autre côté du mirroir...

 


Superbe journée. C'est déjà l'été à Bayonne et à ST Jean - arrivée à 16 heures comme prévu par le seul train (autorail 3 voitures ) - j'ai des souvenirs d'enfance de ce type de train qui nous emmenait ma mère et moi vers la plage de La Franqui (66) - Ca sent bon l'herbe coupée et séchée (Le Kero, notre cochon d'inde, serait aux anges avec tout ce bon foin .c'est exactement le même parfum qui de dégage du sac acheté en jardinerie ). De temps à autre, le tortillard laisse entrevoir les Pyrénées par ses fenêtres ouvertes (chaleur oblige), et je ne peux m'empêcher de penser à ce qui m'attend .

Le contenu du train me renseigne aussi sur la future fréquentation du chemin. De toute façon, à part 3 personnes, le reste n'est que du pèlerin . Allemands, Italiens (c'est eux qui parlent le plus fort .), Français, etc. J'en ai compté une bonne vingtaine. Dans le compartiment je pense à ce pèlerinage et je suis ému, très ému .et je ne sais pas trop pourquoi . Peut-être me suis-je trop investi dans cette aventure et aujourd'hui, ça y est .Peut-être aussi que "je me la joue un peu trop .".
Je sors mon lacet au bout duquel pend une petite coquille St Jacques et le passe autour de mon cou. Après une bonne heure ou plus ? le train arrive au terminus. Bien qu'ayant imprimé l'itinéraire jusqu'au 39 rue de la citadelle, accueil de l'association jacquaire, je pense que je ne m'en servirai pas.

Le flot des sacs à dos montre le chemin .

Et si le premier se trompait ?

D'ailleurs,au bout d'un moment la rue aboutie à un T et il faut bien choisir . Certains partent à droite, d'autres à gauche...

et moi ..je sors mon plan.

En fait c'est tout droit, mais il faut monter des escaliers, passer sous un porche que personne n'a vu (la porte de France).

Je ne savais pas à ce moment précis, que le seul document qui deviendrait mon "livre" de chevet serait ce recto/verso A4 donné par l'association et qui comporte la liste des auberges avec les distances qui les séparent. Croyez-moi, vous pouvez le faire plastifier avant de partir de St Jean (ou prévoir une pochette plastique A4), il ne vous quittera plus.

En tout cas, ça ne sert à rien de préparer comme je l'ai fait, un document avec les étapes prévues jour par jour.

Sur le chemin c'est le hasard, le climat et les rencontres qui guideront vos étapes. En Espagne, Le chemin est parfaitement balisé, donc on pourrait penser se passer de guide. Pourquoi pas ? Mais un guide présente l'avantage de vous situer graphiquement sur le chemin. Vous voyez par exemple où se trouve les prochains villages. Il doit en plus vous permettre d'avoir la liste des auberges (même si celle fourni à St Jean suffit, mais aussi la liste de quelques hébergements privés (pensions par exemple), et pourquoi pas, savoir si vous trouverez un commerce à proximité. En ce qui me concerne je n'en n'avais pas, mais j'ai souvent profité du guide des autres pélerins ;-)

Si c'était à refaire, je partirai donc quand même avec le miam-miam dodo, et/ou un guide de LEPERE EDITIONS, bon complément à la photocopie distribuée par les amis de St Jacques (et encore plus si je partais du Puy En Velay ou d'ailleurs ! la France n'est pas l'Espagne... ).

J'ai aussi acheté les 3 guides de la FFRP pour la voie du Puy. Au départ je pensais partir du Puy... - (Je suis d'un naturel inquiet, et une carte topo me rassure ) - Par contre je me répète, inutile d'avoir une carte topo en Espagne, un guide avec les indications principales suffit (nom du prochain village, routes et hebergements à proximités, etc..) .) car il y a un super fléchage .

A partir de la rue de la citadelle, Roncevaux c'est tout droit , vous ne pouvez pas vous tromper ! Avant de passer la porte d'Espagne (ci-contre), je m'arrête dans une épicerie pour acheter 2 bananes, 2 pommes, 1Orange (pour réaliser ma boisson énergétique du lendemain) et une petite saucisse sèche.

Tout cela est bien gentil, mais je viens de rajouter un bon kilo et demi dans mon sac !

J'ai prévu dès aujourd'hui d'aller jusqu'à Huntto distant de 4 km, ce qui raccourcira l'étape vers Roncevaux demain. Je passe la porte d'Espagne (ou ce qu'il en reste), ça y est ... je suis un pèlerin!

 

Super balisé la D301 !
moi qui me perd toujours lors de mes randos, là c'est impossible.
C'est une petite route goudronnée sur laquelle passent très peu de voitures. (j'en ai croisé 4 en deux heures).
La"grimpette" commence.

On m'avait prévenu, mais là je rêve ! je marche depuis ¼ h et ça monte sec !

je n'ai jamais eu l'occasion d'éprouver cela lors de mes entraînement.

Je commence à haleter. Je suis aussi fatigué qu'après 3 km de footing et le soleil tape ...

J'ai mon chapeau mais je transpire.

La seule fois où j'ai ressenti cela, c'est lors d'une randonnée en plein mois de juillet et par 40°.

C'est sûr, au soleil il doit faire au moins 35°.

Chouette, du plat et ça descend un peu.. Mais ça va pas durer bien longtemps ...

Je commence à avoir la tête qui tourne, je prend trop d'oxygène à chaque respiration. La gentille dame de l'association m'a dit que jusqu'à Huntto, il fallait compter 1h45, je ne marche que depuis 45 mn et je suis mort ! Non, c'est pas possible, un peu d'ombre ! je m'arrête pour souffler.

Il est environ 18h15 mais au soleil encore haut dans le ciel, il est tout juste 16h. C'est décidé, je prend un comprimé de Dextrose. Psychologique ou pas, si je n'ai pas un coup de fouet je n'avancerai plus. Je m'aperçois que finalement depuis midi, mis à part les deux sandwichs préparés par Mireille je n'ai rien avalé. Je sors donc une banane et en mange la moitié avec du pain, qu'est-ce que c'est bon !

(maintenant je peux le dire...et dire que ça sera mon régime pour un mois ! )

Je ne suis resté que 10 mn mais je suis maintenant en pleine forme (ça va pas durer longtemps .) - Jusqu'à présent je montais, puis il y avait un peu de plat, parfois une petite descente, histoire de souffler. Là, ce que j'ai devant moi ne laisse aucun doute sur la suite.

On voit la route monter, monter, peut-être une côte de 40% ? Les pas se font petits, mon bâton pourrait presque s'enfoncer dans le bitume tant je m'appui dessus. D'après mes calculs, il reste au moins 45 mn. Deuxième arrêt, j'en peux plus ...

je prend à nouveau un ½ comprimé de Dextrose et je m'aperçois que j'ai déjà vidé une gourde de 700ml. D'habitude , c'est ce que je bois sur 24 km. ça ne suffit pas. j'ai un coup au moral . Aller ! un petit bout de pain d'épice super vitaminé de chez machin. Et ça marche ! avec moi les gâteaux ça marche toujours. 10mn plus tard je repars.

Bon, maintenant il s'agit d'avancer. Et je vois des maisons tout en haut, loin, très loin . Haut. Très haut . Mais le cauchemar prend fin. J'arrive à la ferme d'Ithurburria, à Huntto.

Je n'aurais pas fait 10 m de plus .

J'entre dans ce qui semble être l'accueil, un vieux monsieur regarde "question pour un champion". Je me demande ce qu'il peut y trouver car quand je lui dit" c'est ici pour le gîte ?" , il me regarde, dit"..huntto..huuunnnnttoooo .??" - il semble ne pas me comprendre, et je ne comprend rien non plus à ce qu'il baragouine, peut-être du Basque .? Il finit par appeler sa femme ou sa fille ? malgré un coup de téléphone un mois plus tôt, elle ne trouvera pas trace de ma réservation .

C'est pas grave, il y a de la place, et de toute façon j'ai envie de dormir sous la tente que j'ai emmené.

(La tente...je m'en servirai le deuxième soir à Burguette, la trimbalerai de manière inutile jusqu'à Logroño, d'où je la renverrai par la poste . Et 1,5 kg en moins dans le sac !). Je dormirai une troisième fois à l'extérieur, mais à la belle étoile, sur la superbe pelouse de l'albergue de Portomarin .

Prix du gîte 7 euros avec petit Dej. (mais comme je dors sous la tente elle m'a fait un prix, car le gîte seul ici c'est 12 euros et 3 pour le petit déjeuner). Ils ont discuté 3 mn en Basque, elle et le pépé, certainement pour savoir combien ils devaient me faire payer. Je confirme ce que j'ai déjà lu sur le site d'un pèlerin, les proprios ont oublié de sourire. Moi aussi parfois, ça m'embête de travailler...mais aujourd'hui j'ai plutôt envie de sourire, car cela fait parti du "folklore" du chemin. Je me précipite sous la douche (froide), mais quel bonheur ! Même si j'avais eu de l'eau chaude je ne l'aurai pas utilisée .

Je lave les quelques effets du jour, et m'installe à une table en plein air sur la terrasse pour casser la croûte et commencer à écrire quelques notes. De pèlerin, je viens passer subitement à l'état de vacancier ! Cela fait maintenant 3/4h que j'ai pris ma douche et je transpire encore. Et cette fois ça n'est pas le soleil car il est quand même 19 h et il est moins fort que cet après-midi.

Comme il fait vraiment très beau, je décide dès 21h d'installer ma tente dans le champ qui jouxte l'auberge. Boules "Quies" obligatoires, car les oiseaux et les chiens du voisinage sont aussi contents que moi et le font savoir. Mais aujourd'hui je n'ai fait que 4 km. Aussi, je préfère me coucher de bonne heure car demain il faudra atteindre Roncevaux. La route que je vois d'ici continue de grimper de manière inquiétante. D'après ce que l'on m'a dit, il faudra 6h15 .. ....... Deux voitures viennent de passer, et elles sont (vu la vitesse et le bruit du moteur) en seconde, c'est dire si ça monte .

(quelques semaines plus tard, après avoir bavardé avec des pèlerins expérimentés, avec l'expérience acquise dans d'autres montées, et juste avant de commencer la fameuse montée vers O Ceibreiro, je comprendrai que j'ai abordé cette étape beaucoup trop vite, comme si c'était du plat . D'où mon état de fatigue avancée . A ma décharge, je n'avais jamais rencontré un tel dénivelé lors de mes entraînements. Peut-être que moi aussi, comme Paulo Coehlo, j'étais déjà pressé d'arriver à Santiago...!).

 
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