Immortelle randonnée – C.RUFIN

Immortelle randonnée – Jean-Christophe RUFIN - édité chez GUERIN.

Description : Jean Christophe Rufin a suivi à pied, sur plus de huit cents kilomètres, le Chemin du Nord jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle.
Beaucoup moins fréquenté que la voie habituelle des pèlerins, cet itinéraire longe les côtes Basque et Cantabrique puis traverse les montagnes sauvages des Asturies et de Galice.

« Chaque fois que l’on m’a posé la question : « Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ? « j’ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux qui ne l’ont pas vécu que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s’y engager ? On est parti, voilà tout. »


Galerie de portraits savoureux, divertissement philosophique sur le ton de Diderot , exercice d’auto dérision plein d’humour et d’émerveillement, immortelle randonnée se classe parmi les grands récits de voyage littéraire.

Jean-Christophe Rufin, médecin, pionnier du mouvement humanitaire, a été ambassadeur de France au Sénégal de 2007 à 2010. Il est l’auteur de romans désormais classiques tels que l’Abyssin, Gobalia, Rouge Brésil, prix Goncourt 2001. Il est membre de l’académie Française depuis 2008.

Extrait :
« L’étape avait déjà été longue et je soufflais un peu en gravissant les flancs du mont Igueldo. à pied, il est toujours long de se séparer des villes. Même si, de ce côté-là, San Sébastien s’ouvre assez vite sur la campagne et des landes côtières sauvages, il faut tout de même dépasser les dernières habitations, les petits bourgs que le voisinage de la grande ville a gonflé de maisons neuves.
Sur un chemin étroit, à la sortie d’un de ces villages pavillonnaires, j’eus la surprise et le plaisir de découvrir un signe amical. Quelqu’un avait disposé le long d’un mur une petite table destinée aux pèlerins. Des jarres d’eau permettaient de remplir les gourdes vides. Protégé par un auvent, un registre recueillait les commentaires que les marcheurs voulaient bien laisser. Une pancarte leur souhaitait un bon pèlerinage et leur indiquait avec une précision dont on ne pouvait dire si elle était cruelle ou charitable qu’il leur restait « seulement » 785 km à parcourir jusqu’à Saint-Jacques.

Surtout, attaché à son encreur par une petite chaîne, un tampon permettait d’authentifier l’étape. à San Sébastien, je n'étais pas parvenu à faire apposer un cachet car l’office du tourisme était fermé à l’heure où j’étais passé. Pèlerin novice, je n’avais pas encore l’expérience qui permet aux plus confirmés de faire tamponner leur Crédentiale dans les pharmacies, les bars, les bureaux de poste ou les commissariats de police.

J’étais donc reparti avec un passeport encore vierge. Voilà que sur cette portion anonyme de chemin, presque au milieu de nulle part, j’alliais moi-même, avec émotion, placer le premier jalon de mon parcours de papier, grâce à ce tampon qui représentait une belle coquille rouge. J’écrivis un mot enthousiaste pour l’inconnu qui m’avait fait ce cadeau, avec la même reconnaissance que Brassens pour son Auvergnat. Puis je continuais.

L’après-midi était bien avancée. Le soleil était revenu et avec lui une chaleur humide qui me faisait suer à grosses gouttes. Il fallait presser le pas pour trouver un lieu propice au camping sauvage. J'en repérais plusieurs mais, en m’approchant, je les trouvais chaque fois trop près des fermes, trop en vue de la route ou pas assez plats. Enfin, vers la tombée du soir, en enjambant une clôture de barbelés, je découvris une portion de champ qui me parut convenable. Par-dessus les haies, on voyait la mer jusqu’à l’horizon. De gros cargos croisaient au large. Je montais ma tente, disposait tous les accessoires du bivouac et sur un réchaud fis cuire mon dîner.

La nuit tomba et je la contemplais longtemps avant de me coucher pour de bon. En une journée, j’avais tout perdu : mes repères géographiques, la stupide dignité que pouvaient me conférer ma position sociale et mes titres. Quelques mois plus tôt, j’étais servi par un maître d’hôtel aux petits soins qui m’appelait Excellence, et voilà qu’assis par terre, je mâchais des nouilles pas cuites.

Cette expérience n’était pas la coquetterie d’un week-end mais bien un nouvel état, qui allait durer. En même temps que j’en mesurais l’inconfort et que je pressentais les souffrances qu’il me ferait endurer, j’éprouvais le bonheur de ce dépouillement. Je comprenais combien il était utile de tout perdre, pour retrouver l’essentiel. Ce premier soir, je mesurais la folie de l’entreprise autant que sa nécessité et je me dis que, tout compte fait, j’avais bien fait de me mettre en route. »


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Interview vidéo, C.Rufin parle de son livre et de son pèlerinage cliquez ici

Revue de presse :

Nous avons reçu un trésor descendu des glaciers. C’est un livre qu’on ne peut pas rater : il est rouge vif comme une combinaison de moniteur de l’ESF. Le récit est alerte, rempli de notations drôles et lucides. étienne de Montety
Le Figaro Littéraire
[ 4 avril 2013 ]

Ce pourrait être fastidieux, c’est un régal. Parce que Rufin, mêlant choses vues, portraits et anecdotes, jouant sur un juste dosage de gravité et d’autodérision, est ici à son meilleur. Marie-Françoise Leclère
Le Point
[4 avril 2013]

L’académicien et diplomate se révèle tel qu’en lui-même : vif, infiniment drôle et finalement émouvant. Olivier Mony
Le Figaro Magazine
[6 avril 2013]

L’académicien vient de publier un passionnant récit de son voyage à Compostelle. Tristan Savin
Lire
[6 avril 2013]

Marcher en compagnie de Rufin est un enchantement. Pas une seconde d’ennui tout au long de ces 900 km et 270 pages, où l’on assiste à la mutation de l’académicien-ambassadeur en clochard céleste. Vade-mecum du pèlerin témoin qui devrait rester dans les annales du genre, tant par son humour que par ses qualités stylistiques. Marianne Payot
L’Express
[9 avril 2013]

Notre avis sur ce livre :

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