Témoignage et regard de Roger sur son Chemin de Saint Jacques de Compostelle

Et je suis parti sur le Chemin...

Ayant déjà effectué en 2014 avec des amis le chemin du Puy en Velay à Saint Jean Pied de Port (Via Podensis 750 km), puis en 2015 le Camino Frances de Saint Jean Pied de Port à Santiago de Compostelle puis Fisterra (900 km), il me restait comme un goût d’inachevé. Après une parenthèse en 2016 (J’ai parcouru cette année-là le Chemin de Stevenson), je me suis décidé de repartir vers Santiago depuis le Puy. Et le 30 mars 2017, les portes de la Cathédrale Notre Dame du Puy en Velay s’ouvraient sur l’escalier conduisant vers le GR 65.

Emotion : serai-je capable physiquement et mentalement d’accomplir ce pèlerinage ? Agnostique, ce n’est donc pas un sentiment religieux qui me pousse à quitter ma famille et mes proches pour une période aussi longue. Alors pourquoi ? A cette question, j’aurai une partie de la réponse dans une petite chapelle de Navarre en Espagne, dans un texte dont je livre quelques extraits :

Heureux, toi le pèlerin, si tu découvres que le chemin t’ouvre les yeux sur ce qui ne se voit pas.
Heureux, toi le pèlerin, si tu découvres qu’un pas en arrière pour aider une autre personne vaut plus que cent pas en avant.
Heureux, toi le pèlerin, si un pas après l’autre, tu trouves ton chemin intérieur.

32 jours de marche sur la Via Podensis pour arriver à Saint Jean Pied de Port le 30 mai. Chemin magnifique, ignoré de beaucoup d’étrangers : massif de la Margeride , plateau austère de l’Aubrac, Conques ,vallée verdoyante du Lot, le Quercy blanc et Cahors , les collines du Gers, le Béarn pour terminer au Pays basque. De belles rencontres, un accueil chaleureux dans les gîtes, et chance inouïe, une seule matinée de pluie.

Et puis, c’est la traversée des Pyrénées. Jour de tempête, la montée vers le col de Roncevaux est fortement compromise, Je dois passer par le chemin dit « de la vallée », que personnellement j’ai trouvé plus difficile que le passage par la montagne (que j’avais fait en 2014).

Et le chemin devient alors un autre chemin : 400 départs chaque jour de Saint Jean, de toutes nationalités (Américains, Australiens, Brésiliens, Coréens, Néo-Zélandais, Espagnols, etc…) pour se retrouver dans une « usine à pèlerins » à l’Abbaye de Roncevalles. Mais au fil des étapes en Navarre, et Rioja, le flot se diluera un petit peu. Mais chaque matin, dans les albergues, dès 5 h du matin, c’est l’effervescence : il faut être parmi les premiers afin de trouver une place dans l’albergue de l’étape suivante. On est loin du cheminement paisible en France. Je me résous donc à réserver une place chaque jour pour le lendemain. L’hébergement assuré, je peux donc continuer mon chemin plus sereinement.

Traversée de Pampelune et ses ruelles typiques, Burgos et sa magnifique cathédrale et entrée dans l’austère Meseta, plateau à 800 m d’altitude, immense étendue de champs de céréales où il peut faire très froid en hiver, mais aussi très chaud en été. 8 jours dans cette étendue fait de chemins qui ne se terminent pas, aux villages qui n’existent que par le Chemin et les pèlerins.

Fin de la Meseta à Léon, autre grande ville et autre magnifique cathédrale. J’aborde un terrain plus accidenté pour arriver au point culminant du chemin espagnol à la Croix de fer (1400m). C’est la traversée des Monts de Léon pour arriver en Galice dans le petit village d’O Cébiéro.

A partir de ce moment, le chemin change encore : c’est une foule ininterrompue de pèlerins dont le seul but est de parcourir les derniers 100 km afin d’obtenir la Compostella, document délivré à Santiago attestant que l’on a fait le Chemin. Les hébergeurs les appellent « les pèlerins touristes ». On les reconnait à leurs vêtements tout neufs, aux petits sacs à dos (les valises sont transportées par taxis aux vitres teintées, quand ce ne sont pas les pèlerins eux-mêmes qui se font transporter). Qu’il est loin l’esprit du Chemin !

Et c’est enfin l’arrivée à Santiago après 64 jours de marche depuis Le Puy en Velay et 1570 km parcourus. On retrouve des pèlerins rencontrés en chemin, on se congratule, on assiste au Botafumeiro, un énorme encensoir de laiton argenté, haut de 1,60m et pesant plus de 50kg, à l’oscillation spectaculaire. Ce rite, l’un des plus populaires de la cathédrale, se perpétue probablement depuis 700 ans, en signe de purification spirituelle. On va retirer sa Compostella. Certains continueront jusqu’à Fisterra à 90 km en bord d’océan. Les autres retourneront chez eux, certains à pied (rares), la plupart avec les moyens de locomotion actuels.

Au retour, on se demande pourquoi on est parti sur le Chemin.

Partir sur le CHEMIN, c’est accepter le dépaysement, le dépouillement, le dépassement. Cette aventure demande une bonne dose de confiance en soi. L’ouverture et la tolérance sont des vertus à mettre en pratique. Faire fi des frustrations, passer à l’essentiel. Comprendre les autres, faire confiance aux autres.

Le chemin apporte aussi sa part de cadeaux : la beauté d’un panorama, la solidarité authentique.

C’est un temps qu’on se donne pour être disponible à soi. La fatigue amène une conscience de soi plus claire. C’est un temps pour travailler sur soi

C’est un temps d’épuration où l’on vit avec l’essentiel, le contenu de son sac, et ce que le chemin nous donne.

Alors, si vous le pouvez, partez sur le chemin. Mais évitez le mois de mai en Espagne….

Article écrit par Roger Rennié

 Sa Credencial (notre modèle dépliant) et sa Compostela 2017

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