Etape 1 - Saint Jean- Pied-de-Port / Huntto - 4 km (suite)

Porte d'Espagne
A partir de la rue de la citadelle, Roncevaux c'est tout droit , vous ne pouvez pas vous tromper ! Avant de passer la porte d'Espagne je m'arrête dans une épicerie pour acheter 2 bananes, 2 pommes, 1 Orange (pour réaliser ma boisson énergétique du lendemain) et une petite saucisse sèche. Tout cela est bien gentil, mais je viens de rajouter un bon kilo et demi dans mon sac ! J'ai prévu dès aujourd'hui d'aller jusqu'à Huntto distant de 4 km, ce qui raccourcira l'étape vers Roncevaux demain. Je passe la porte d'Espagne (ou ce qu'il en reste), ça y est .je suis un pèlerin!

Moi qui me perd toujours lors de mes randos, là c'est impossible. C'est une petite route goudronnée sur laquelle passent très peu de voitures. (j'en ai croisé 4 en deux heures).

panneau saint jean

Super balisé la D301 !

La "grimpette" commence. On m'avait prévenu, mais là je rêve ! je marche depuis ¼ h et ça monte sec ! je n'ai jamais eu l'occasion d'éprouver cela lors de mes entraînements. Je commence à haleter. Je suis aussi fatigué qu'après 3 km de footing et le soleil tape ...

J'ai mon chapeau mais je transpire. La seule fois où j'ai ressenti cela, c'est lors d'une randonnée en plein mois de juillet et par 40°. C'est sûr, au soleil il doit faire au moins 35°. Chouette, du plat et ça descend un peu.. Mais ça va pas durer bien longtemps ..

montée vers huntto1

Je commence à avoir la tête qui tourne, je prend trop d'oxygène à chaque respiration. La gentille dame de l'association m'a dit que jusqu'à Huntto, il fallait compter 1h45, je ne marche que depuis 45 mn et je suis mort ! Non, c'est pas possible, un peu d'ombre ! je m'arrête pour souffler. Il est environ 18h15 mais au soleil encore haut dans le ciel, il est tout juste 16h. C'est décidé, je prend un comprimé de Dextrose. Psychologique ou pas, si je n'ai pas un coup de fouet je n'avancerai plus. Je m'aperçois que finalement depuis midi, mis à part les deux sandwichs préparés par Mireille je n'ai rien avalé. Je sors donc une banane et en mange la moitié avec du pain, qu'est-ce que c'est bon !

maintenant je peux le dire...et dire que ça sera mon régime pour un mois ! )

Je ne suis resté que 10 mn mais je suis maintenant en pleine forme (ça va pas durer longtemps .) - Jusqu'à présent je montais, puis il y avait un peu de plat, parfois une petite descente, histoire de souffler. Là, ce que j'ai devant moi ne laisse aucun doute sur la suite. On voit la route monter, monter, peut-être une côte de 40% ? Les pas se font petits, mon bâton pourrait presque s'enfoncer dans le bitume tant je m'appui dessus.

D'après mes calculs, il reste au moins 45 mn. Deuxième arrêt, j'en peux plus .je prend à nouveau un ½ comprimé de Dextrose et je m'aperçois que j'ai déjà vidé une gourde de 700ml. D'habitude , c'est ce que je bois sur 24 km .ça ne suffit pas.
maison vers huntto

j'ai un coup au moral .aller, un petit bout de pain d'épice super vitaminé de chez machin .Et ça marche ! avec moi les gâteaux ça marche toujours. 10 mn plus tard je repars. Bon, maintenant il s'agit d'avancer.

Et je vois des maisons tout en haut, loin, très loin .haut .très haut .

huntto

Mais le cauchemar prend fin .j'arrive à la ferme d'Ithurburria, à Huntto. Je n'aurais pas fait 10 m de plus .

J'entre dans ce qui semble être l'accueil, un vieux monsieur regarde "Questions pour un champion".

Je me demande ce qu'il peut y trouver car quand je lui dit " c'est ici pour le gîte ?" , il me regarde, dit "..huntto..huuunnnnttoooo .??" - il semble ne pas me comprendre, et je ne comprend rien non plus à ce qu'il baragouine, peut-être du Basque .? Il finit par appeler sa femme ou sa fille ? malgré un coup de téléphone un mois plus tôt, elle ne trouvera pas trace de ma réservation .

C'est pas grave, il y a de la place, et de toute façon j'ai envie de dormir sous la tente que j'ai emmenée.

(je m'en servirai le deuxième soir à Burguette, la trimbalerai de manière inutile jusqu'à Logroño, d'où je la renverrai par la poste .et 1,5 kg en moins dans le sac .). je dormirai une troisième fois à l'extérieur, mais à la belle étoile, sur la superbe pelouse de l'albergue de Portomarin .

Prix du gîte 7 euros avec petit Dej.(mais comme je dors sous la tente elle m'a fait un prix, car le gîte seul ici c'est 12 euros et 3 pour le petit déjeuner .) Ils ont discuté 3 mn en Basque, elle et le pépé, certainement pour savoir combien ils devaient me faire payer. Je confirme ce que j'ai déjà lu sur le site d'un pèlerin, les proprios ont oublié de sourire. moi aussi parfois, ça m'embête de travailler. mais aujourd'hui j'ai plutôt envie de sourire, car cela fait parti du "folklore" .du chemin.

Depuis mon passage en 2005, il y a eu un changement de propriétaire...l'accueil y est sympathique, le gîte seul est à 15€, le petit déjeuner à 5€ (tarifs 2013/2014)

Je me précipite sous la douche (froide), mais quel bonheur ! Même si j'avais eu de l'eau chaude je ne l'aurai pas utilisée .

Je lave les quelques effets du jour, et m'installe à une table en plein air sur la terrasse pour casser la croûte et commencer à écrire quelques notes. De pèlerin, je viens passer subitement à l'état de vacancier ! Cela fait maintenant 3/4h que j'ai pris ma douche et je transpire encore .et cette fois ça n'est pas le soleil car il est quand même 19 h et il est moins fort que cet après-midi.

Comme il fait vraiment très beau, je décide dès 21h d'installer ma tente dans le champ qui jouxte l'auberge. Boules "Quies" obligatoires, car les oiseaux et les chiens du voisinage sont aussi contents que moi et le font savoir .Mais aujourd'hui je n'ai fait que 4 km .aussi, je préfère me coucher de bonne heure car demain il faudra atteindre Roncevaux. La route que je vois d'ici continue de grimper de manière inquiétante. D'après ce que l'on m'a dit, il faudra 6h15 .. ....... Deux voitures viennent de passer, et elles sont (vu la vitesse et le bruit du moteur) en seconde, c'est dire si ça monte .

Quelques semaines plus tard, après avoir bavardé avec des pèlerins expérimentés, avec l'expérience acquise dans d'autres montées, et juste avant de commencer la fameuse montée vers O Ceibreiro, je comprendrai que j'ai abordé cette étape beaucoup trop vite, comme si c'était du plat. D'où mon état de fatigue avancée . Il faut dire que la route est souvent un faux plat, on ne se rend donc pas vraiment compte à quel point ça monte. A ma décharge, je n'avais jamais rencontré un tel dénivelé lors de mes entraînements.

Peut-être que moi aussi, comme Paulo Coehlo, j'étais déjà pressé d'arriver à Santiago...).

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