Suite de l'étape 02 - Huntto Burguette - 26 km

Après la fontaine de Roland c'est très agréable (enfin ! ) sur quelques kilomètres. On arrive en sous-bois. J'ai oublié de dire que je venais d'entrer en Navarre. D'un coup, le paysage change subitement. Des monts tondus par les brebis, les chevaux sauvages et le vent, la montagne devient forêt. Heureusement car le vent n'empêche pas le soleil de commencer à chauffer dur. Il est environ 10 h, et j'entame une agréable ballade. Je passe le col de Leopoder sans même m'en rendre compte. Et la délivrance arrive enfin, car j'aperçois en bas dans la vallée, ce que je devine être Roncevaux. A partir de là c'est une descente sans fin dans la forêt (il y a deux chemins possible, la forêt, déconseillée par mauvais temps, et la route). Enfin je ne souffle plus. Un délice, mais pas pour les amortisseurs ! les genoux dégustent. La descente sévère durera une heure à travers bois, donc à l'abri du soleil qui doit taper dur à ce que j'en ressent lors de brefs passages en zones découvertes. Il est 12h. (Comme pour la montée, j'apprendrai plus tard que dans ce cas il faut descendre doucement…Donc la règle à retenir, quand on monte on fait de petits pas et on va doucement, et quand on descend c'est idem…)

vue Roncevaux - pèlerinage vers saint jacques de Compostelle

Roncevaux

Roncevaux !... l'Abbatiale

Abbatiale Roncevaux

J'arrive seul près de l'Abbaye de Roncevaux vers 13h. Des enfants d'une école primaire rejoignent leur bus.
De loin, j'entend la maîtresse dire "…peregrinos…en me montrant du doigt.

C'est un grand moment pour moi ! Tout à coup je deviens un personnage de légende tout droit sorti du moyen-âge. En tout cas c'est l'impression que je ressent.

Je suis le centre d'intérêt de toute une ribambelle de bambins enthousiastes. Je n'irai pas jusqu'à dire que je bombe le torse, mais j'en suis pas loin…j'ai une image à préserver ! Ils m'assaillent et se font une joie de me dire bonjour en Français, Espagnol , Anglais..au grand plaisir du professeur. Il est à peine 13h.

Je n'ai pas envie de m'arrêter là. J'ai n'ai pas entendu que du bien de l'Abbatiale. Aussi, après un passage aux bureaux pour faire tamponner mon crédential, je prend la direction de Burguette distante d'à peine 3km. Je désenchante en arrivant car j'apprend de la bouche du boulanger qu'il n'y a pas d'auberge ici…(enivré par mon enthousiasme, j'ai oublié de regarder la liste…) . Il y a bien un hôtel, mais je vais pas commencer à griller mon argent. Et puis, si j'ai emmené une tente, c'est pas pour rien… L'ami Gérard (un autre Gérard), que j'ai retrouvé à Burguette, s'est fait avoir aussi…il repart pour Roncevaux… Quant à moi, après un passage à l'épicerie qui est fermée (elle n'ouvrira qu'à 16h ), je pars à la recherche d'un pré…des prés et des vaches…

vaches Les vaches en liberté à Burguette

Eglise Burguette - Pèlerinage vers Saint Jcaques de Compostelle

Eglise de Burguette et la fontaine

A cette heure, il n'y a pas grand monde dans les rues ou dans les champs…en suivant les flèches jaunes, un peu à la sortie de Burguette il y a une immense ferme, mais je ne vois personne. Je m'assois sous un arbre face aux hangards.

C'est pas encore la sieste, mais ça me repose. Je n'ai pas le cœur à dormir car des vaches sont ici en liberté à tout juste 50m. Peut-être une heure ou deux plus tard, j'aperçois un Range Rover qui s'apprête à sortir d'un champ…Je me précipite et dans un Espagnol plus qu'approximatif je me lance : "…propriétario ?" - Si - Yo vole usted me acuerdo poner una tienda en un campo para aqui ? -Si-Si,et il me montre un champ…

Mais il y a plein de vaches !…Y las vacas, son aqui para la noche ??? No - No…buzz buzz (ça c'est ce que je ne comprend pas…). Le Range Rover repart, s'arrête 10m plus loin…je le rejoints. Il m'explique qu'il ne faudra pas que je plante de piquets (comme si j'allais abîmer ce champ qu'il doit prendre pour une pelouse ! - à mon avis, et je ne sais pas pourquoi, il doit commencer à regretter de m'avoir dit oui…) - Il redémarre, 10m, et fait marche arrière ! Il m'explique enfin, qu'un peu plus loin sur la derecha, il y a un champ où les vaches ne vont jamais…(il m'a peut -être envoyé chez son voisin le petit malin ?…).

Juste avant je reviens au village au Félix Potin du coin pour acheter, devinez ? 2 bananes, 2 pommes, une orange et un bout de Gruyère (Président s'il vous plaît !) . Je redescent vers le pré. J'inspecte les lieux. Effectivement, il y un ruisseau assez profond et assez large pour empêcher le passage d'animaux. Je trouve un bon emplacement, un peu à l'écart, car le village est à peine 100m et quelqu'un pourrait me voir (le camping et le bivouac sont interdit en Espagne…et je ne sais pas si ce champ appartient vraiment au gars rencontré tout à l'heure...).

Avant que la nuit ne tombe, j'en profite pour manger un morceau…Pas de chance, mon excellent couteau me fendille la pulpe du pouce en coupant le saucisson…ça saigne vite, une vrai lame de rasoir de foutu couteau ! (bon, vous me direz, je l'ai aussi acheté pour ça …) - Et allez…je sors ma pharmacie, mon carré spécial suture - j'ai TOUT prévu ! ;-))) Pour tout arranger, je viens de m'apercevoir que j'ai attrapé un coup de soleil au bras gauche (normal, sur le Camino, on ne bronze que d'un seul côté ).

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