Etape 03 -Burguette - Larrasoana - 24 km

La nuit a été froide. J'ai encore eu la chance d'être à 200 m d'un hangar d'où provenaient des aboiements de chiens, (d'au moins 5 chiens), et juste en face, à 300 m, l'église, superbe son de cloche, qui sonnait deux fois pour chaque heure, soit par exemple 24 coups pour minuit !. les boules Quies sont presque inutiles - la suivante que j'ai entendu a sonné à 4 heures du matin, cela veut dire que j'ai dormi de minuit à 4 h. Mais c'est plutôt le froid humide, très humide qui m'a réveillé.

A l'intérieur, la tente est toute mouillée. Il n'a pas plu, c'est la condensation. Le duvet est humide, les chaussettes aussi. Et en un mot, tout ! Je jette un œil dehors. Le jour n'est pas encore levé, mais la demi-lune qui perce à travers les nuages me laisse entrevoir un ciel très orageux…Je ne vais pas m'éterniser. De toute façon je suis réveillé. Je pli les affaires, essuie comme je peux la tente avec la serviette (il vaut mieux éviter de ranger une tente humide). De toute façon l'herbe est détrempée par la rosée du matin. C'est vraiment la cata. Toutes les affaires sont mouillées. Je remonte une centaine de mètres me mettre à l'abri sous un petit kiosque près de l'épicerie.

Là , le rasoir trempé dans l'eau contenu dans mon gobelet plastique me suffira à faire un rasage sommaire grâce à l'huile de rasage "miracle" de Williams (les cosmétiques). 50 mètres plus loin, la fontaine près de l'église me permet de me laver la figure et m'aider ainsi à émerger davantage


De toute façon, dans le village tout le monde dort. Il est maintenant 6h30, je m'habille "en pluie", guêtres et compagnie et me voilà parti. Heureusement que je marche car il ne fait pas chaud.

Enfin, c'est plutôt l'humidité. Mais à chaque respiration, de la buée sort de ma bouche, donc je ne rêve pas, il fait froid. Au bout de quelques kilomètres j'enlève tout de même le coupe vent car ici le ciel s'est dégagé, et j'en profite pour prendre une photo de la montagne côté Roncevaux.

Les pauvres, vu les nuages noirs au loin qui recouvrent le mont, ils vont en baver. Je ne suis pas encore fatigué, donc je suis ému, écrase une larme et me surprend à implorer ST Jacques pour eux....

Quelques jours plus tard j'apprendrai de la bouche d'une personne qui y était ce jour là, qu'en fait il n' a pas plu et que le brouillard s'est rapidement levé....merci Santiago ;-)) !  

Cette étape comporte elle aussi de belles montées. Comme elles sont plus courtes, j'encaisse mieux, mais ça ne m'empêche pas d'être essoufflé. Je suis seul sur le camino et des rapaces tournoient au dessus de ma tête. Attendent-ils la fin ? Chapeau l'Espagne. Moi qui suis nul en repérage et sort 12 fois le plan à chaque randonnée, ici le fléchage est permanent. Pour se perdre, il faut vraiment le faire exprès. L'étape Burguette - Larrasaoña est vraiment superbe. Souvent dans les bois et plus ou moins à l'ombre. Ca vaut mieux car j'ai laissé les nuages à Burguette, il est environ 10 h et le soleil commence à taper

Je m' aperçois d'après mon plan, que je viens certainement de passer "L'Alto de Erro", où j'avais noté de voir le "Pas de Roldan", de sa femme et de son fils.(trois pierres).

Mais voilà qu'après une légère montée une grande pierre plate sur la droite attire mon attention. Dessus, à la peinture jaune est marqué "Pas de Roldan". Je devine quelques centimètres plus loin dans les herbes une deuxième pierre, puis une troisième plus petite. C'est bien ça.

La légende :

Roland (Roldan) sa femme et son fils ont été changé en pierre...

pas de Roldan

sanctuaire-japonais

Quelques centaines de mètres plus loin, sur la gauche, je croiserai un sanctuaire à la mémoire d'un pèlerin Japonais, mort ici à l'âge de 65 ans.
C'est peut-être mieux que de mourir dans un lit d'hôpital ?

Cela me fait penser que du côté de Roncevaux, en pleine montagne, j'ai vu sur le bas côté une urne funéraire en inox...
Elle ne devait pas être là depuis longtemps car elle brillait de mille feux. (je ne sais pas s'ils ont dispersé les cendres, mais l'idée me séduit).

J'aimerai bien que mes cendres soient dispersées sur la Meseta (quelques centaines de kilomètres plus loin....mais aujourd'hui en France, c'est interdit...on ne peut plus "emporter" les cendres d'un proche avec soi...

Je commence à me faire doubler, d'abord par des hordes de vététistes , qui déboulent à 50 km/h , ça descend, (ils seront les premiers d'une longue série tout au long du chemin) puis parfois par des pèlerins à pied. Mais d'où sortent-ils ? ils ne m'ont quand même pas rattrapé depuis Burguette ou Roncevaux ?
(ben,..si mon vieux. Certainement, vu qu'à priori, il n'y a rien entre..)

A Zubiri, je ne vois pas les flèches jaunes et descend à tord à droite vers l'usine de Magnésie (même si cela me semble étrange). Je n'ai pas fait 50 mètres quand j'entends des claquements de mains plus haut. Ce sont des pèlerins Anglais (je l'apprendrai après) qui me préviennent, le chemin est dans l'autre sens. C'est eux qui me confirmeront qu'ils sont partis de Roncevaux ce matin (chapeau…) - Moi je suis parti 3 km après, et une bonne heure plus tôt, et ils sont déjà là !

etape suivante