Témoignage de 2 pèlerins sur le Chemin de Saint Jacques de Compostelle

Il se prénomme Jo et je m’appelle Patrice. Nous décidons cette année de partir de Figeac et d’aller jusqu’à Saint Jean Pied de Port. Nous pensons y aller en 20 jours. J’avais marché seul en 2016 depuis Le Puy en Velay jusqu’à Figeac. Je voulais arriver à Saint Jean Pied de Port cette année 2017. Mon ami Jo a souhaité faire le chemin avec moi.

Nous partons donc le 20 juin sous de grandes chaleurs. Nos étapes ne sont pas très longues car nous voulons démarrer en douceur. Nous allons jusqu’à Gréalou puis Saint Jean de Laur, Bach et Cahors.

Tout va bien entre Figeac et Gréalou, nous marchons avec plaisir et tranquillement. Le 2ème jour se déroule sans encombre jusqu’à Saint Jean de Laur.

Tout change entre Saint Jean de Laur et Bach. Mon ami Jo découvre des ampoules sous ses pieds. C’est un personnage qui résiste à la douleur. Il se soigne. Certainement pas comme il le faudrait.

Nous quittons Bach pour aller à Cahors. Depuis notre départ de Figeac la chaleur est intense. On annonce de 35 à 37 degrés à l’ombre. Il fait très chaud. Jo peine à marcher. Je vois qu’il essaie de ménager ses pieds. Il ne dit rien mais son visage trahit sa souffrance.

Nous arrivons au Relais des Jacobin, à Cahors, chez Serge l’hospitalier qui nous accueille avec une très grande gentillesse. Jo lui montre ses pieds. On découvre une ampoule sous chaque pied. Elles mesurent 4 cm sur 4 cm. Il en en aussi entre les orteils. Sur les conseils de Serge je lui enlève la peau morte. La chair dessous est à vif. Je lui pose des bandes de Compeed. Jo souffre.

Nous passons chez Serge une soirée extraordinaire. Autour d’un repas fort bien préparé, Serge fait parler les pèlerins et lui-même nous livre ses réflexions. Nous sommes tous heureux. Jo découvre un monde qu’il ne connaissait pas. Il est comme un enfant qui découvre les étoiles. Il se repose, semble aller mieux.

Nous quittons Cahors le lendemain pour aller jusqu’à Lascabanes. 24 km à parcourir. Le début de matinée se passe bien. Puis mon ami Jo ralentit. Il a mal mais ne dit rien. Je vois qu’il marche en faisant attention à la façon de poser ses pieds. Rien n’y fait. Nous arrivons à Labastide Marnhac qui est à 10 km de Cahors environ. Jo n’en peut plus. Nous nous arrêtons à l’église. Il me demande la distance qu’il reste à parcourir. Lorsque je lui annonce qu’il nous reste 14 km son visage change, s’assombrit. « Je n’y arriverai pas » me dit-il. Nous nous levons et marchons jusqu’au village. Nous passons devant un café.

Et là, le miracle !

Nous entendons tout à coup quelqu’un appeler Jo. « Jo ! Jo ! ».

Qui peut l’appeler sur ce chemin ?

Nous nous tournons et nous reconnaissons Serge l’hospitalier du Relais des Jacobin. Nous nous arrêtons. Il vient vers nous.

« Que fais-tu ici Serge ?», lui demande-je

« Je suis venu avec mon ami pour voir comment ça allait. Nous nous sommes posté à cet endroit et vous avons attendus » dit-il

Ce fut pour moi, un moment magique.

Il nous dit « venez prendre une boisson et nous allons discuter de ce que vous allez faire ».

Nous avons bu, mangé et discuté. Serge avait des doutes sur les possibilités pour Jo de continuer. Par prudence il est venu attendre notre passage ! Quel beau geste !

Serge a proposé d’amener Jo en voiture jusqu’à Lascabanes. Il a ajouté « tu décideras demain matin. Soit tu continues, soit tu rentres chez toi. Si tu choisis cette solutions je viens te chercher et t’amène à la gare de Cahors ».

Jo est parti en voiture. J’ai fini l’étape à pied. Je l’ai retrouvé au gîte Le Nid des Anges chez Cécile. Nous y avons passé une belle soirée. Le lendemain Serge a conduit Jo jusqu’à la gare de Cahors. Il est rentré chez lui pour se soigner.

J’ai continué mon chemin.

Nous rendons un hommage vibrant à Serge pour sa générosité, sa gentillesse. Nous nous souviendrons toute notre vie de son geste.

Lorsque je l’ai vu sur la route venir à notre rencontre pour nous aider, j’ai eu envie de pleurer de gratitude.

Merci Serge, tu es une belle personne.

Patrice pour Jo et Patrice

Article écrit par Patrice Manuel