Pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle - GR65

Etape 02 - Saint-Privat d'Allier à Saugues - 18 km

Réveillé vers 6 heures, je traîne un peu en essayant de voir si tous mes muscles sont encore là. Manifestement oui et il y en a même des nouveaux que je ne connaissais pas et qui se sont réveillés depuis hier !

Ca promet pour la suite.

 Par contre, au niveau du genou et des pieds, ça a l’air d’aller, tant mieux car mon genou m’inquiète, un spécialiste ne m’a t’il pas annoncé il y a 3 ans que je ne pourrai plus marcher sauf avec une canne ! J’espère qu’il s’est trompé, mais on le saura bien assez vite.

 Je prends un petit-déjeuner assez quelconque, je dépose mon sac qui sera emporté, règle la chambre (au passage je fais tamponner mon creanciale, et de 2…) et je commande un sandwich : il est énorme et on devrait pouvoir manger à 2 dessus sans problème.

 Louis est déjà devant l’auberge et nous prenons la route à 8 h 20 en direction de Saugues.

 Dire qu’il y a 48 heures, Sabine et moi y étions, tranquillement installés et que ce matin je vais devoir faire la route à pied ! En plus on nous a prévenus : c’est une étape très physique.

 Il faut reconnaître que ça démarre fort, avec 500 mètres de montée raide. Pour ceux qui connaissent, l’église de Vetheuil est largement enfoncée et ravalée au rang de promenade digestive….

 Après une brève accalmie, une nouvelle montée s’annonce, qui va durer plus d’une heure et soudain, sans que rien puisse l’indiquer, nous nous retrouvons dans une descente impressionnante qui dure elle aussi longtemps. Mes jambes ont tendance à jouer des castagnettes….

 Mais tout cela n’était qu’une mise en bouche, si j’ose m’exprimer ainsi. Nous venons d’arriver au village de Monistrol et nous savons que c’est là que nous attend la partie la plus difficile de l’étape, 5 km de montée ininterrompue qui nous demandera deux heures d’efforts.

 Je suis fatigué mais moins que la veille et je pense que les 5 kgs qui font le chemin en voiture (du moins je l’espère) y sont pour beaucoup.

 La fin de l’étape se dessine, nous apercevons Saugues en contrebas depuis le GR ; nous arrivons en centre ville et à nouveau nous nous séparons, Louis ayant réservé dans un gîte (la Margeride) et Sabine ayant réservé pour moi dans l’autre (Martins Itier)!

 Lorsque j’arrive au gîte[1], je me trouve face à un véritable adjudant qui donne des ordres à tout le monde et me demande d’enlever mes chaussures à l’extérieur, de poser mon sac et mon bâton, de rentrer et de boire un verre de grenadine. Un peu énervé par l’accueil, je lui demande si j’ai le droit de garder au moins mon pantalon et mon caleçon, elle ne répond pas, mais par contre l’anecdote va faire le tour des pèlerins présents et on me la ressortira à plusieurs reprises lors de haltes dans des gîtes.

Nous sommes deux dans une très grande chambre à la propreté impeccable, rien à dire.

 En attendant le repas je vais prendre une douche et me reposer. Suivant les indications de Mme MARTINS, le repas est à 20 heures, inutile d’arriver avant, mais l’heure exacte est exigée !!! On se croirait revenu à l’âge de 12 ans en colonie de vacances.

 Je fais connaissance de mon compagnon de chambrée, il est sensiblement plus âgé que moi, il compte s’arrêter à St Jean Pied de Port lui aussi mais a décidé de s’accorder une journée de repos par semaine de marche. J’ignore d’où il est et son prénom, nous parlerons en fait très peu, il aura par contre une phrase qui me marquera : « nous faisons le chemin car nous sommes tous des accidentés de la vie ». J’ai trouvé cette définition très belle et oh combien exacte, quel que soit l’accident en question au demeurant.

 Je descends manger et me retrouve au beau milieu d’une bande de québécois sympas. Nous sommes 20 à table pour un repas quelconque servi sans grande amabilité.

Mais l’ambiance est survoltée par les canadiens, ils sont heureux d’être en France, pour la plupart ils ont déjà fait le chemin, en entier ou par morceaux et racontent des anecdotes qui leur sont arrivées.

 Il y a également un français (hélas) qui a tout vu, tout fait au cours d’une vie estimée à 250 ans. Il connaît le Canada (mieux que les canadiens) et en fait il connaît absolument tout quel que soit le sujet abordé. Pour mettre un comble à la honte des français présents, il se met à chanter des chansons du Québec avec l’accent québécois pour impressionner sa voisine ; c’est pathétique, peut être que, comme dans les « Barbouzes », on devrait essayer la mauvaise santé par les plantes et lui servir une infusion du genre définitif.

 A 22 heures, essayant de faire croire à tout le monde qu’en fait je suis citoyen du Zimbabwe et non pas français, je remonte dans ma chambre. Après un moment passé au téléphone avec mon Soub je plonge dans les bras de Morphée.

panneau-saugues


[1] Gîte à la ferme, Itier et Martins, rue des roches, 43170, Saugues

etape suivante