Pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle - GR65 - Le Puy en Velay

30ème étape - de Larceveau à Saint Jean Pied-de-Port

Debout à 7 heures, aujourd'hui c'est la dernière journée de marche, j'avais repoussé cet instant au fond de ma mémoire, mais cette journée est arrivée malgré tout.
Petit déjeuner, la note et je prends le départ en même temps que le couple de la Somme qui me demande de les accompagner.
J'aurais préféré être seul pour cette dernière journée mais je n'ose refuser.

Leurs sacs sont transportés par « La Coquille » et ils voyagent donc léger, elle en tête avec la carte topo détaillée dans un étui étanche à la main.
Au départ tout va bien mais très vite on rencontre la boue et le calvaire recommence sur 6 km.
Je rencontre une des pèlerines des Vosges qui m'annonce que Guy et sa femme ont dû arrêter brutalement leur marche et rentrer précipitamment chez eux en raison de l'état de santé de leur fille. J'en suis désolé d'autant que le courant passait bien entre eux et moi, et je n'ai même pas leurs coordonnées. Tant pis.

Arrivés à la croix de Galcetaburia on rejoint la D 933 puis la D522. Plus de boue, chic.
A hauteur de Montgelos, je m'arrête quelques instants et les 2 zouaves sans sac me prennent très vite 500 mètres.
Quand je reprends la route je m'aperçois qu'ils se sont trompés de chemin et sont en train de monter au lieu de descendre vers la plaine, de plus ils tournent le dos à la direction à prendre.
Que faire ? Les laisser monter et moi prendre la bonne route ou les rejoindre pour les remettre dans la bonne voie ?

Je pars derrière eux et malgré mes signes, ils galopent en pleine montée (sans sac ça aide). La montée est de pire en pire et totalement impraticable à cause de la boue (nous sommes sur un chemin de transhumance pour les chèvres).

Aline, cet espèce de clown, monte devant son mari, la carte IGN à la main qu'elle ne regarde jamais (je vais apprendre ensuite qu'elle ne sait pas la lire), en plus ils ne voient même pas qu'ils tournent le dos à la direction de Saint Jean Pied de Port.

Ils finissent par s'arrêter et je leur fais signe qu'il faut redescendre (je suis HS avec mon sac à dos), eux rigolent comme des bossus et j'ai des envies de meurtre.
On a perdu plus de 45 minutes et je suis vidé. Elle repart à fond la caisse et nous met 500 mètres dans la vue, je suis furax et elle est vraiment trop c........e.

Je décide de les larguer et arrivé à Bussunaritz, je prétexte le besoin de me reposer et les laisse partir bien décidé à ne plus les voir.
Arrivé à saint Jean le Vieux je les trouve à la table d'un Logis de France et je prétexte l'envie d'arriver vite pour décliner l'offre du déjeuner.
Je traîne en fait car je n'ai pas envie d'arriver. Hélas malgré toutes mes tentatives, j'arrive à la porte Saint Jacques de la Citadelle et m'engage rue de la Citadelle, mon gîte est au 24.

Quand j'y arrive, une dame m'affirme n'avoir aucune réservation à mon nom mais me donne tout de même une chambre : la dernière !
Je me douche, me change et repars en ville. Je me rends tout d'abord à l'accueil des pèlerins où je fais tamponner pour la dernière fois mon creanciale ; j'y retrouve une suisse allemande qui était avec nous à Aroue. Elle me confirme que Guy et sa femme ont été obligés de rentrer définitivement chez eux en urgence.

Il est 14 heures mais j'ai l'estomac vide, je pars manger une pizza chez Edouard (excellente) Je vais chercher mon billet à la gare SNCF et reviens après m'être promené dans les vieilles rues.

J'arrive à la chambre, j'ai du mal à réaliser que l'aventure s'arrête là.

chassures

Mes compagnes de tous les jours !

 J'ai un profond sentiment de tristesse. Repas morose dans un restaurant du centre, retour en chambre, je n'arrive pas à dormir.

Désormais il me reste à espérer que je vais pouvoir revenir ici et repartir vers Saint Jacques de Compostelle, le but ultime de ce pèlerinage.

Ce que j'ai retiré de ce mois passé à marcher sur les traces des pèlerins, je le garde pour moi. Chacun doit vivre sa propre expérience et elle doit être intérieure. Il est inutile d'essayer de l'expliquer : ceux qui sont restés chez eux ne pourraient pas comprendre et les autres, ceux qui l'ont fait, ont vécu leur propre aventure intérieure, qu'elle soit philosophique, religieuse, spirituelle au sens large peu importe, on revient de toute façon différents.

La conclusion je la laisse à Jacques Lanzmann qui a eu l'occasion de faire « le » chemin dans son intégralité : « Partir donc, mais si possible à pied.

Parce que, au lieu de traverser les choses, on les côtoie.
Parce que, au lieu de croiser les gens, on les accompagne.
Parce que, au lieu de filer à travers le pays on file son chemin pas à pas, comme l'araignée tisse sa toile.
Parce que le paysage, qu'il soit plaine ou montagne, déprimant ou enthousiasmant, est à la fois notre prisonnier et notre geôlier.

Marcher, c'est perdre peu à peu tout ce que l'on a acquis de superflu, y compris les superlatifs.
C'est se mettre en doute et en question dans un monde mécanisé.
C'est ressentir et entendre presque aussitôt les réponses de son propre corps, confronté à une nouvelle expérience.
Marcher, c'est se mettre à l'écoute du corps qui n'en revient pas d'être ainsi sollicité et libéré. »
A tous ceux qui liront ces pages je dis : « Allez y, tentez le chemin, cela en vaut la peine et cela vaut la peine que l'on se donne pour arriver au bout, quel que soit celui que l'on s'est fixé ».

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