4ème étape - Espagnac - Marcilhac-sur-Célé

Le choix de cette courte étape est stratégique. Déjà, il est grand temps de laisser souffler mes muscles...ensuite, l'étape de demain est incertaine.
Plus de place au gîte de Bouzies....qui est déjà à 26 km de Marcilhac, là-aussi, encore "victime" des vacanciers.
Il n'y a que 10 places, et il faut dire que la région est assez belle pour attirer pas mal de touristes. Bref, le prochain gîte est à Pasturat, soit au total une étape d'environ 37 km....!

Je verrai bien...

Il y a quelques grimpettes. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'y aucun chemin de halage sur le Célé. La route est étroite et creusée souvent dans le rocher.
Le long du Célé, ce sont souvent des terres agricoles peu ou pas accessibles au pèlerin. Conclusion, sur pratiquement toutes les étapes, le chemin doit grimper sur les crêtes pour redescendre vers les villages.

Certes la vue est magnifique, mais elle se paye !

chien-sortie_espagnac-150
15 km... je ne me presse pas. Cette étape sera l'ETAPE qui me laissera un étrange souvenir...
la sortie d'Espagnac, surtout le matin alors qu'il fait encore nuit, est des plus hasardeuses. Les marques d'arrivée et de sortie se confondent.
On a vite fait de partir dans le mauvais sens...J'ai la frontale, et comme j'hésite, je m'arrête à la sortie d'Espagnac pour lire le topoguide.
Je ne l'ai pas remarqué de suite, mais un chien, genre griffon, est sorti de nulle part... il n'arrête pas de me tourner autour. De partir et de revenir.
Enfin, c'est ce que je crois...
Au bout d'un moment, alors que je sais maintenant de quel côté je dois aller, je m'aperçois qu'en fait, depuis le début, ce chien fait des aller/retour entre moi et la bonne direction !

C'est à peine croyable...il me montre le chemin à prendre...mais là où ça va se corser, c'est qu'il est toujours devant...et quand les marques prennent à gauche il prend à gauche...et ce n'est pas moi qui lui montre les marques vu qu'il est à 50 mètres devant...quand je ralenti, il m'attend...part devant sur 150 mètres et revient...
Vers 9 heures, je m'arrête pour casser la croute. Il s'assit à 2 mètres. Et malgré le saucisson et le pain, il ne demande rien et reste allongé, langue pendante.

Il a une attitude à la fois chaleureuse et prudente. Je lui tends un bout de pain.il renifle mais n'en veut pas...par contre pas de problème, il acceptera un bout de saucisson, mais sans plus...il ira boire un reste d'eau de pluie sur la bâche de la petite piscine plastique d'une maison toute proche.

Et ça n'est pas fini...j'ai un doute juste après les ruines du château, du côté de Saint Sulpice
C'est un chemin sur la crête, et les explications du topoguide, tournez à droite, ne correspondent pas à ce qui semblerait être l'évidence, aller tout droit. De plus un petit grillage est piétiné et aplatit, ce qui semble aller dans le sens des indications du topoguide. Le chien lui, est parti loin devant, dans un autre sens, dans la descente. Je l'entends aboyer au loin....en fait il m'appelle. Mais comme je ne viens pas, il va rebrousser chemin et venir me chercher...comme un mouton égaré que je suis...je sens presque du reproche (ou de la moquerie ?) dans son regard.

Il va donc m'accompagner comme cela jusqu'à Marcilhac sur Célé.
Moi j'ai fait 15km, mais lui a bien dû en faire 20 ! Je vais croiser des cavaliers. J'ai peur que le chien n'effraie les chevaux... il me suit comme son maître, et j'aurai du mal à leur dire que je ne le connaissais pas il y a une heure....Mais tout se passe bien.

J'arrive à la chambre d'hôte de Marcilhac. Le « problème », c'est que le chien est maintenant planté devant la porte...je sens qu'il ne va plus me lâcher...et vraiment je ne peux pas le garder avec moi. Pour plein de raisons, mais d'abord et avant tout parce que les chiens ne sont pas acceptés dans les gîtes (ou la plupart).

Et comment expliquer que je ne le connais pas ? J'aurais bien voulu lui donner à boire, mais ça aurait été lui montrer que nous deux c'est ok, pour la vie...Je prends alors mon courage à deux mains, et je lui de partir, en joignant le geste à la parole ... « allez ouste.... ».

Il ne le sait pas, mais je suis obligé, pour son bien, d'avoir cette attitude. Je ne peux pas lui dire que je l'admire et que j'aimerai bien le garder avec moi...ça ne serait pas raisonnable. Alors, comme s'il avait compris, et il a compris ...il s'en va... je me maudis....

Je le croise un peu plus tard dans la soirée...il a trouvé à boire et à manger auprès du restaurant du coin ! Il est allongé sur la terrasse, près d'un bol d'eau. Sacré clochard ! Il est tout propre et fringuant. Un bain dans le Célé tout proche ne doit pas y être étranger. Il est encore plus beau qu'avant, ce qui ne fait que rajouter à mon sentiment de culpabilité...
Je suis l'ingratitude personnifiée....

Revenons au gîte. En fait, dans la cuisine à Espagnac, j'avais relevé une annonce pour une chambre d'hôte pas chère à Marcilhac,
"Le Camino", 15 euros. A ce prix là, vous aurez un grand lit, une salle de bains privée et la cuisine. Ce gîte est tenu par Madame Wilson, photographe Anglaise, d'une extrême gentillesse.

J'ai eu de la chance, la chambre n'est pas louée et je l'ai donc réservée hier.

Je ne testerai donc pas le gîte de Marcilhac. Après quelques achats à l'épicerie du village, je pourrais cuisiner.
Ça se confirme. Bouzies, plus de place... je n'ai pas trop envie de faire 37 km....(et puis..en suis-je capable ? ). Il fait beau.
Pourquoi ne pas dormir à la belle étoile demain ?

Belle vue sur le Célé

valle-du-cele

 

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